lundi 24 mars 2014

11 raisons de plus se faire chier à rêver les yeux fermés | les rêves automatiques vol. 1 |

11 raisons de pas se faire chier ce soir. En attendant l'arrivée des deux nouveaux sites (du high level, du push push de fou, du deux en un comme le shampoing), on se réveille le corps, de l'orteil au bas du ventre, sans passer par la tête, avec la mise en place, ici pour le moment, des |rêves automatiques|, soit 65 minutes de douceur électronique pour hiboux de nuits blanches à oreille tendue. Ici, le volume 1, à consommer avec modération en cas de carences sonores de longue date. Du love. Et des lémuriens qui gigotent sur les platines, à gogo la danse plein la panse. On s'abonne. On partage. On renifle en coeur. 11 raisons de plus se faire chier à rêver les yeux fermés.

vendredi 21 mars 2014

| Sainte-Anne bébé |

1 - Klaus Nomi - Enchanté
2 - Plastic Bertrand - Tout petit la planète
3 - Nina Hagen - African Reggae
4 - Lene Lovich - Blue Hotel
5 - Talking Heads - Moon Rocks
6 - Cabaret Voltaire - Just Fascination
7 - Animotion - Obsession
8 - Gudrun Gut et Anita Lane - Firething
9 - Circa Tapes - Disco Kerosene
10 - Section 25 - Friendly Fire
11 - Film Noir - Excuse

Toi l'Anonyme. Ta petite intervention d'hier (cf. commentaires ICI). Grand moment de magie. Pas grand chose à ajouter. Tout y est. With love. 

PS : pour passer d'une chanson à l'autre, il faut cliquer sur les petites flèches.
PS 2 : post éphémère à but non lucratif.

lundi 17 mars 2014

ADIEU ADIEU. BRAND NEW CARPET.

BRAND NEW CARPET. POUR ESSUYER LA SEMELLE DES CHAUSSURES. BONJOUR. ADIEU ADIEU. SAME SAME BUT DIFFERENT. 

vendredi 14 mars 2014

The Inopportune : FIN.

On se rend malade. Pour des choses, des gens, un sentiment éteint, tout ce qui nous humains, nous fait vivre, survivre, résister au froid glacial de l'existence. Ce qui nous fait combattre l'indifférence. Parce que l'on sait, parce que l'on sent la flamme vibrer à contre-sens. Parce que l'on sent, parce que l'on sait son estomac se tordre d'une simple pensée. Incapable de haïr. Incapable de détester. Pourtant. Incapable de taire le mal. Incapable de faire du mal, aussi. Alors on gigote. On se dandine maladroitement en essayant de garder la tête sur les épaules. Alors qu'au fond, dévissé, brinquebalant, maladroit. Le chef, là-haut, en mode SOS. En proie aux pires angoisses. L'esprit embué. Malingre. Malade. Le corps fatigué. Le manque de nourriture. De sommeil. Le cerveau qui grince de trop d'idées peu claires. Enfin si. Une chose est claire. La pire de toutes. Une porte s'est refermée. Et à trop vouloir qu'elle reste ouverte on y a accroché un cadenas. On s'est débattu pourtant. Pour affronter la réalité. On s'est débattu pourtant, pour ne pas penser au pire. On s'est débattu. On s'est trop débattu. Et les cordes ont entouré la cheville. Et les corps se sont dénoués. En un claquement de doigts. Le claquement de doigts. C'est lui qui cicatrisera mal. Le claquement de doigts un peu rapide. Convulsif. Presque sale. Les souvenirs qui s'effacent. En un clin d'oeil. Le clin d'oeil, c'est lui qui cicatrisera mal. Le clin d'oeil presque jouissif, de l'autre côté. Le clin d'oeil un peu impulsif, de l'autre côté. Et ton cœur qui tombe de ton corps. D'un coup. Juste un. Les larmes qui au début ne viennent qu'à moitié. Parce que tu ne crois rien que tu ne vois. Et les mots sont faibles. Fragiles. Vulnérables. Les mots ne veulent rien dire. Il n'y a que les faits. Il n'y a que les faits qui fassent mal. Les mots ne sont qu'un peu d'encre lâche sur une feuille de papier mal dépliée. Qu'un pixel qui manque de courage. Un stylo qui n'hésite pas. Qui fonce. Parce qu'il sait le stylo, il sait le mur qu'il peut être alors qu'il remplit le vide. Lâche. Les kilomètres. Et le vide qui se creuse. Entre deux bouts du monde. Les paroles qui reviennent en tête. Les papillons. Les baisers. La lumière du début. Les vibrations des cœurs. Des caresses. Des corps. La perfection des moments. On se souvient des regards promesses. Des mots lancés. Et de ta main qui les attrape au vol. Avide d'être enfin aimée. Persuadée d'être enfin vue. Comme tu as toujours voulu que l'on te voit. Puis le clin d'oeil. Puis le claquement de doigts. Les reproches. Les briques envoyées à la tête. Tu poses tes mains sur la table. Tu écartes bien les doigts. Et te les laisse éclater un à un sous le poids d'un parpaing. Tu aides la douleur. À te taper dessus. À te cracher à la gueule. Tu regrettes. Tu refoules les larmes. Tu te poses en coupable. Tu enfonces ta tête dans le sable alors que les vagues viennent te caresser les orteils. Avaler des lames de rasoir. Et s'en vouloir. À la vie. Presque à la mort. C'est ton cœur que tu pilles. Ta fierté que tu ravales. Le couteau sous la gorge. Un pardon que tu forges. Le claquement de doigts. Le clin d'oeil. L'indifférence. Et la disparition. Annihilé l'instant. Qui n'avait jamais existé. Oui. Qui n'avait jamais existé. On te dit texto. Sans un mot. Au fond. Que tu l'as sans doute imaginé. L'amour. Imaginé le papillon. Et les vibrations. Tu es coupable de tout. Coupable de rien. On te dit que tu es dingue. Dérangée. Enfin, on ne te le dit pas. On te le fait comprendre d'un regard détourné. D'une main qui s'écarte. D'un malaise mal assumé. Rien ne reste. Juste le vide entre deux corps. L'un qui tombe dans un bruit sourd sur le parquet sans lumière. L'autre qui part en courant. Sans un regard en arrière. Et la porte qui claque. Les tripes en vrac. Les baisers qui disparaissent. Les yeux qui se baissent. Le cœur qui oublie de battre dans la poitrine. On t'aurait frappé à mort, tu aurais mieux respiré. Rien ne reste. Juste le vide entre deux corps. L'un qui convulse sur le sol d'un studio sans chaleur. L'autre qui ne se retourne plus. Au ventre, juste la peur. Le claquement de doigts. Les jambes au cou. L'indifférence en collier. Fragile moineau qui se voulait condor. Libre mais maladif. Ne sachant plus qui il est. À se demander si jamais il l'a su. À trop croire avoir bien fait. Le courage dans la poche encore une fois bien rangé. 

Le cœur rayé. Tu le regardes qui ne brille plus. Même à la fenêtre et qu'il fait grand soleil. Tu lui parles. Tente de raviver la flamme. Mais il ne répond plus. Et l'air commence à manquer. Tu lui dis que ce n'est rien. Que ça passera. Qu'il n'y a que la mort qui ne passe. Que la mort qui ne dure. Tu lui dis tu verras. Demain ça ira. Tu le caresses doucement. Il ne gémit même pas. Il ne souffre pas. Il ne souffre plus. Il aimerait simplement que tu le lâches. Là. Que tu le laisses rouler le long de la gouttière. Que tu le laisses partir. Les rayures ont entamé la surface. La dernière rayure. Est plus profonde. Plus maladroite. Tu lui dis que les blessures aident à grandir. Qu'elles aident à se sentir plus fort. Conquérant. Prêt à bouffer la vie d'une bouchée décidée. Tu lui dis que les épreuves aident à avancer. À gravir la montagne. À entrevoir le sommet. Pas qu'il ne veuille écouter. Mais il n'entend pas. Il n'entend plus. Tu vois bien. Qu'il est fatigué. Fatigué de s'être trop trompé. Qu'il n'ouvre même pas les yeux. N'en a plus la force. Plus l'envie. Plus la possibilité. Ton cœur n'ouvre plus les yeux. Et aimerait juste que tu le laisses tomber, rouler le long de la gouttière et s'écraser sur le pavé gris parisien. Qu'un chien lui pisse dessus. Qu'un enfant lui shoote dedans. Qu'importe ce qu'il se passera. De toutes façons il ne sent rien. 

On se demande pourquoi la peine. Aussi. Pourquoi si grande. Pourquoi si effrayante. Alors qu'en face il n'y a rien. On se demande pourquoi les larmes. Se retrouver sans arme autre que ses pleurs. Sans arme autre que l'écho de son silence contre le mur. On se demande pourquoi l'indifférence. On perd le goût. On déteste. On pardonne. On déteste de nouveau. On insulte. Puis on pleure les baisers. Le sucré-salé qui faisait vibrer. On appréhende le manque. Déjà là. On appréhende qu'il ne parte pas. Parce que l'on sait. On sait si fort la fidélité de son cœur. Impassible. Indestructible fidélité. Celle qui survit à l'épuisement des pleurs. Celle qui survit à la violence du silence. On maudit. On déteste. On insulte. On maudit. On déteste. On insulte. On maudit. On déteste. On insulte. On maudit. On déteste. On insulte. On maudit. On déteste. On insulte. On maudit. On déteste. On insulte. Puis on se laisse glisser sur le parquet. On ne croit rien de tout ça. Et on se trouve bien bête. Là. Silencieuse. Épuisée de s'être une fois de trop brûlée à blanc. 

 À trop vouloir continuer d'aimer les gens qui nous blessent. On en oublie qui ils sont. Qui ils sont vraiment. À trop vouloir aimer les gens qui nous quittent. On en oublie qui l'on est. Qui l'on est vraiment. On oublie d'ouvrir les yeux. À sans doute tenter d'y conserver. Ne serait-ce qu'une parcelle de l'histoire. Croire encore une fois. Après n'avoir plus cru. Est sans doute la plus longue chute libre d'une vie. Les souvenirs brouillés. Détruits. Par la fatale indifférence. Les mois passés détruits. Brouillés. Par la violence de la maladresse. Et les baisers. Disparus. La violence du rejet qui naît de la peur. Les yeux rouges de l'incompréhension. On ne t'a pas vue. On t'as juste aperçue. Et ce peu de chair dévoilée a su tuer. Tuer l'histoire. Et la peau qui ploie sous le poids de l'air. La fumée. Poumons embués. Petite mort futile. La stérilité impardonnable qu'on a donné à ta vie. Sans jamais t'avoir connue. Sans jamais t'avoir vraiment vue. Effacer le visage. Fermer les yeux et arrêter de croire en ce dont on rêve. Se voir couper la chique. La parole. Les mots volés. Ton besoin de conclusion bafoué. Violé comme s'il ne comptait pas. Comme si tu n'avais jamais compté. Le pull qui a encore l'odeur. Arrêter de croire. Oui. Une bonne fois pour toutes. On ne sera jamais vue telle que l'on est. Alors le cœur ne battra plus pour le moment. 

Il va me falloir prendre congés. Ceci est donc ma dernière lettre. Une lettre d'au-revoir de mode automatique. Une lettre adressée à personne. Et à tout le monde à la fois. Notre société a perdu sa passion. Sa foi. Notre monde n'est pas celui auquel j'aspire. Ces virtuosités virtuelles que personne ne lit. Et dont tout le monde profite à la fois. Que tout le monde pense comprendre et que personne ne sait appréhender. Cette surconsommation de l'Art. Des Mots. Du Son. Des Images. Et des Gens. Ce marché gigantesque qu'est devenu l'amour. Où l'on s'attache et se détache au rythme des métros qui passent. Ces contrats qui se signent sans fusion. Ces promesses qui se font face au vide. Qui se brisent à travers de simples claquements de doigts, en un « je t'avais rien promis ». Ces mots doux qui perdent leur sens à travers de simples clin d'oeil déguisés de principes maladroits. La fidélité du cœur qui disparaît. À mesure que Paris perd espoir. Paris. Vile et excitante Paris. Paris ma nécrose. Paris ma névrose. Paris fait perdre la mesure des choses. Paris abîme. Paris confond tout. Paris pourri la pourriture en parapluie. Paris je t'aime et te déteste à la fois. Et je t'en veux. Oui Paris je t'en veux. Pour ta mélancolie qui ne touche plus personne. Pour ta grisaille à laquelle on s'habitue. Pour tes mots durs que l'on prend pour dus. Paris je t'en veux. Oui. Je t'en veux comme je ne t'en ai jamais voulu. Pour les chimères que tu nous vends. Les espoirs que tu reprends. Le manque de simplicité. Et l'angoisse. L'angoisse que tu as faite vie. Quotidien. Aveugle chemin de croix. Chaque pas sur ton pavé m'arrache des cris. J'aimerais pouvoir frapper du pied. Et en perdre la jambe. Hurler pour que tu arrêtes. Te convaincre de renaître. De me laisser vivre correctement. Paris je t'en veux. Pour les cœurs que tu brises. Pour les principes que tu confisques. Les pardons que tu empêches. La force dont tu désemplit nos bras. Je t'en veux. Oui. À la mort. Pour l'indifférence que tu jètes à la gueule de nos démons. Pour la violence de tes rues. La peur que tu nous glisses sous la peau. Le mépris qui dégouline de tes murs. Je t'en veux pour avoir parasité nos cœurs à vie. Pourri nos cœurs. Volé nos cœurs. Paris, ne m'en veux pas. Paris Dieu. Paris Déesse. Toi comme n'importe quel autre. Je crois bien que cette fois-ci tu gagnes. Et que le noir au cœur, l'obscurité dans les reins et la poussière au ventre, silence de bouche et débris de verre dans l'estomac, je crois bien qu'enfin, je te déteste.

mardi 4 mars 2014

Vietnam : rideau | premier et dernier carnet de bord | ce qu'il en a vraiment été | ou de l'importance de se perdre

Rideau sur le Vietnam. Partir c'est chercher à se retrouver. Quelque part sous un palmier. À 12 000 kilomètres de chez soi. C'est laisser derrière soi son coeur. Et sa tendresse. C'est être aliénée pendant quelque temps. C'est s'enfoncer dans les profondeurs. C'est se perdre. Puis. Se reconnaître. Rideau sur le Vietnam. La mer dans les yeux. Le soleil sur la peau. Le regard fort. Les mains striées. Oublier l'angoisse. Un vent calme sous la plante des pieds. Et l'horizon. L'horizon pour toute lumière. Les larmes du retour. Il n'y a pas de mots pour tout ça. Pas de mots pour ce passage à tabac de nos idéaux les plus ancrés. Pas de mots. La vie est ce que l'on en fait. Alors merci. Merci le Vietnam. ET Rideau.

LE DÉPART / peurs nocturnes et suées matinales | D.A.F. - Verschwende Deine Jugend"


L'ARRIVÉE / chaudes angoisses et tremblements de rues | Terence Fixmer -  Detune my brain


HO CHI MINH / manque | Fad Gadget - Collapsing New People


PHU QUOC / coeur soleil et prémices du tout va bien | Linear Movement - I Think I'm With You


HANOI / le Nord, chutes et rechutes vertigineuses | Arne Vinzon- Lente Dépression

HALONG BAY / beauté du paysage, sécurité du coeur | Velvet Condom - Collapse in Slow Motion


MAI CHAU / émerveillement et sérénité | Daniel Avery - All I Need

HANOI / les nuits noires |  Silent Em - Reflects

NINH BINH / cauchemar à cinq jours et renforcement du dessous des pieds | Malaria! - Trash Me

HUÉ / adoucissement des environs, route vers le Sud, introduction à la réflexion |  Led Er Est - Opto Five

LANG CO / après l'orage, les abysses, obscurité la plus totale | Koudlam - I Will Fade Away

DANANG / suite des abysses, monstre des profondeurs, gerbe et violence | Circuit 7 - Video Boys


HOI AN / les jambes au cou, douceur du port et des eaux vertes | Aline - Elle et Moi

AN BANG BEACH / introduction au calme et à la plénitude des choses | Ken Laszlo - Hey Hey Guy


NHA TRANG / la Russie, les gros moches tout rouges et les singes de poche | Robert Gorl - Mit Dir


MUI NE / les pupilles blanches, l'horizon et la plante des pieds qui ne gratte plus | Lana Del Rey - Ride


ET RIDEAU / l'horizon, les noix de coco dans la mer et les jolies choses | Cold Shower - BC


BONUS / Taco - Puttin' on the Ritz

mardi 25 février 2014

Lettre d'un explorateur à sa fiancée restée au port, dérivations sur le Vietnam, introduction de messieurs Tout et N'importe quoi, apartés musicales chauffeuse d'ambiance.

Chère Élise, 

Parfois, souvent même, je pense à vous. Quand je me tiens droit comme un bambou, sur le port, à regarder les bateaux amarrer, à regarder les vies glisser sur les eaux vertes, je pense à vous, et cela me fait passer le temps. Je ne vous aimerais pas à mes côtés néanmoins. Cette solitude m'apaise et me force, à m'affronter pour de bon, un peu plus fort chaque matin. Je ne vous aimerais pas à mes côtés, ne le prenez point mal, vous savez à quel point mon coeur vous supporte. Je pense à vous, il n'y a que ça qui importe. Quand je me tiens là, et que le vent pose saveurs et baiser sucrés sur mes joues mal rasées, je me trouve heureux et malheureux à la fois. Peut-on homme plus mystérieux que moi ? Les vendeuses du port, savent, sous leur chapeau, sur leurs petits bateaux en bambou, qui je suis et ce que je fais là. Elles savent mieux que moi. Elles savent même mieux que vous. Souvent, elles viennent m'allumer les cigarettes. Sans rien me demander d'autre. Comme si la seule chose qu'elles aient à m'offrir soit cette chaleur ponctuelle. Puis un sourire. Souvent un sourire. Un sourire gratuit. Qui me dit beaucoup.


Me connaissez-vous comme elles elles me devinent ? J'en doute. Je sais, à quel point mes silences vous sont douloureux, quand je suis là, que je vous serre dans mes bras, mais que ma tête est ailleurs. Dans le ciel souvent. Mais sous terre surtout. Je vous serre dans mes bras, et le moment m'échappe. Et je sais, je sais que vous savez ma tristesse. J'aimerais pleurer quand vos cheveux s'emmêlent autour de mon nez. J'aimerais que mes larmes nourrissent vos jours, vous assurent ma tendresse, vous ouvrent mon coeur. Mais rien ne vient. Il n'y a pas de mot pour cela ma douce. Il n'y a que la distance et le vent qui puissent vous expliquer mon malheur. Quand je me tiens là, sur le port, et que le soleil couchant vient rassurer la nuit qui vient. Je vois les mots. Les mots que j'aimerais vous donner. Vous donner pour toujours. Des mots d'amour. Peut-être un peu sourds. Mais des mots d'amour sûrement. Et sans pudeur. Sans terreur dans mon coeur. Juste la lumière entre nous. Et la mer pour vous faire sourire.
A Darkness in My Soul by Led Er Est on Grooveshark
Déjà vingt-trois semaines que je suis parti. Je ne vous manque sans doute déjà plus. Je pense à vous pourtant, mon amour. Sachez qu'ici tout prend sens. Tout a l'air juste. Chaque pensée me semble illustre. Dépourvu d'artifices. Et même si souvent, je me sens comme au bord d'un précipice, je sais que je suis moi. Juste moi. Rien que moi. Prêt à me jeter dans le vide, à me voir de trop près pour de bon. Le vide n'est pas si terrible, vous savez. Le vide m'a appris à me regarder dans le blanc des yeux, peut-être pour la première fois de ma vie. Je ne suis pas le plus courageux des hommes, alors parfois, à trop me savoir, je prends peur, vous devez l'apprendre, je prends peur de moi. Mais au fond, que puis-je demander d'autre à la vie ? Je suis là. Immobile. Je commence à savoir qui je suis. À savoir vous donner quelques mots. Vous allez m'en vouloir, je le sais. Ma douce, mon amour, ne me détestez-pas je vous prie, pour ces quelques mots un peu maladroits.
Déjà vingt-trois semaines que je suis loin. Le petit a sans doute grandi. Cent-soixante et un jours sans voir son père, j'imagine que ça fait long. Pensez-vous qu'il se souvient de moi ? Lui montrez-vous des photos de mon visage ? Qu'il ne m'oublie pas. Je vous en prie, continuez de lui montrer cette photo où nous sommes tous les trois devant le porche. Vous portez ce chapeau jaune paille que j'aimais tellement vous voir. Et cette robe qui vous sert la taille, celle qui laisse deviner votre douce poitrine. Ha, je sais à quel point les hommes vous regardent. Quand vous êtes à mon bras et que le voile de votre robe bat vos chevilles. Si vous saviez ce qu'il me plaît de vous savoir à mes côtés. Quand je marche et que ma moustache sifflote. Je tiens mon chapeau et vous observe de côté. Je souris alors. Je ne vous possède pas. Je ne vous ai jamais possédée. Je ne veux vous posséder. Vous m'avez choisi moi. L'aventurier. L'explorateur. Vous m'avez choisi moi. Pas un autre. Alors j'aime que les hommes vous regardent. J'aime qu'ils vous désirent. Votre liberté me rend fou. Je suis fou de vous ma douce. Je suis fou de nous. Parce que je vous ai choisi vous.
Les mots viennent. Je les sens me gratter, là derrière, et remonter le long de ma nuque. Je les sens, je pourrais les prendre dans ma main, les mettre sous enveloppe et vous les envoyer. Bruts. Amers pour certains. Doux pour d'autres. Mais justes. Et certains.

Il y a peut-être cinq semaines de cela, il vous faut l'apprendre, j'ai rencontré Monsieur Tout. J'étais assis le coeur en berne à la terrasse d'une échoppe face au port. Ivrogne du voyage, j'entamais ma sixième chope, quand il s'est invité à ma table. Le sourire généreux. Un vieillard vietnamien comme on en trouve un peu partout. Le cheveux blanc comme neige. Et la peau brune. Les rides jolies. Véritables bijoux de peau, ici. Les doigts tachetés par le soleil. Le corps fin. L'air vif. Le col de sa chemise mao ouvert en grand. Sans un mot à mon égard, il a passé commande. Deux verres sont arrivés. Remplis de ce que je devinais être une énième déclinaison locale d'alcool de riz. Il en poussa un vers moi. Sans m'accorder un seul regard. Il bu le sien, le regard perdu au loin, vers le large, le tailleur revêche. Il héla la serveuse. Esquissa un geste bref en ma direction. Le regard presque dur. Je devais boire, vite. Alors je bu. Deux autres verres se posèrent. Puis deux autres. Et encore deux autres. Jusqu'à ce que ma vue se trouble pour de bon. Mon gosier chaud comme un milieu d'été, j'essayais de refuser les deux nouveaux verres que je devinais. Alors l'homme parla dans un vietnamien plutôt clair. "Tu as le coeur sec comme un bambou fils. Bois ce soir, à en oublier jusqu'à qui tu es. Ce n'est pas le réveil qui importe. C'est l'éveil fils. Apprends même si tu ne comprends pas toujours. Regarde autour de toi, même si ce que tu vois t'esquinte les yeux. Écoute, même si ce que tu entends te fait saigner l'oreille. Bois, même si l'alcool te déchire l'intestin. L'éveil, fils. L'éveil n'est pas un chemin facile. Plante dans ta peau les lames qui t'attirent l'oeil, regarde le jus couler, crains la mort, gémis s'il le faut, traverse ta propre peau. L'éveil implique souffrance. Une souffrance saine, fils. Pas ce vide grisâtre qui t'habite (il tapa contre ma poitrine). Pas cette sécheresse qui assoiffe ton coeur (il tapa de nouveau contre ma poitrine). L'éveil, fils, le chemin vers la lumière". Je ne comprenais pas tout. L'alcool me soulevait l'estomac. Je me levais pour vomir dans un coin. Et, me tenant le ventre d'une main. Essuyant l'excrément qui me débordait des lèvres, me rendais compte que mon vieillard était parti. Et je me retrouvais sauvage. Seul face à moi-même et mon verre d'alcool de riz à moitié vide. 

Wild in Blue by Suicide on Grooveshark
Le lendemain, la même scène. Plus chaleureuse je dirais. J'avais l'impression de l'avoir toujours connu ce vieux. Qu'il faisait partie de moi, en sorte. Vous savez à quel point le contact humain me met mal à l'aise. À quel point sourire aux autres m'est difficile. Vous le savez, tout ça, parce qu'un peu vous me connaissez, tout de même. Mais lui, rien de tout ça. Il était là, sans être là. J'étais là, sans être vraiment là. Nous étions deux. Le regard perdu au large. Embrassé par le soleil couchant, et la lumière qui s'enfuyait. Dans la pénombre de plusieurs lucioles, nous nous devinions sans avoir une seule fois à nous regarder. Parfois il lançait quelque chose. Je ne comprenais pas toujours. Mon vietnamien n'est pas parfait. J'attrapais au vol des bribes de pensées. Des choses qui semblaient trouver leur sens dans le fond de ces verres d'alcool de riz. Et toujours, ils disparaissait sans crier garde. Jusqu'à me faire penser l'avoir imaginé. Me l'être un jour inventé. Toujours sans crier garde, je me trouvais seul, accoudé comme un manchot, la tête brinquebalante, le cou souple, les yeux mi-clos. Il me coûtait, à chaque fois, de trouver l'obscurité de sa chaise vide. 

Un soir, Monsieur N'importe quoi s'est assis à notre table. Il était un peu plus petit que Monsieur Tout. Son costume trop grand lui flottait sur les cotes. Et son pas nonchalant laissait apprécier au voisinage, le talon de ses sandales en cuir qu'il ne soulevait jamais franchement. Monsieur N'importe quoi m'était d'un contact désagréable. Je n'aurais su dire ce qui me dérangeait chez lui. Son accent, la façon dont il crachait sur le sol ou le ton de ses altercations. Sa façon semi-ironique de me montrer du doigt et de se mettre à chanter à mesure que les verres lui remplissaient le gosier. Son rire. Ce rire qui me résonnait dans la tête quand bien même il n'était pas encore là. La manière qu'il avait de s'adresser à moi en russe. Et de ne plus m'écouter quand j'essayais de lui expliquer que russe je n'étais pas, que russe je ne serai pas. Je n'en sais rien ma douce, mais si vous aviez été là, vous auriez tout de suite compris. Il y avait quelque chose d'arrogant dans ses élans de vie. Quelque chose d'un peu violent dans ses rictus de bouche. Son regard perçant, qui me traversait la tête. Les os. La chair. Ha lui, il voyait très bien l'enflure que j'avais été. La mauvaise personne que je fuyais. Lui, il savait. Et c'est peut-être ça, qui me donnait envie de rendre. Un jour, il me tendit son vieux canif rouillé. Je le regardai, l'air hagard. Puis je regardai Monsieur Tout, qui toujours en tailleur sur sa chaise branlante, la main semi-molle, portait son verre à ses lèvres, le regard perdu au large. Je pris le canif. Ne sachant trop qu'en faire. Soudain, Monsieur N'importe quoi fit mine de se tracer une ligne le long de l'avant-bras. "Crack". Qu'il me dit. Le regard noir planté dans le mien. Un mouvement de tête vers mon bras vulnérable. Alors sans même y réfléchir un instant, comme si toute ma vie, j'avais attendu ce moment, je fis crack. Et le sang coula. Pardonnez-moi mon amour.
Le rituel repris forme tous les soirs. De verres en verres, je sentais un peu moins la lame qui me traversait la peau. Pourquoi obéissais-je à Monsieur N'importe quoi ? Je ne sais pas ma douce, je ne sais pas. Je sentais qu'il le fallait. Pour que la souffrance m'intègre. Et que j'en intègre l'essence. Je serrais les dents, toujours, quand la lame passait du vide à la surface de ma peau, de la surface de ma peau à la chair de mon bras, de la chair de mon bras au sang qui venait imbiber la vieille table de bois. Parfois, une veine était percée. Les femmes mettaient alors sur mon bras, linges propres et onguent fait maison. Il me semblait toujours qu'elles avaient tout prévu. Un soir, c'est Lin Lin qui s'occupa de moi. Mon bras cisaillé contre sa joue, je trouvais repos à me laisser bercer par son chant qui, même si tout près de moi, me semblait toujours venir de loin. Pardonnez-moi mon amour. Mais sachez que sa joue n'avait pas la douceur de la vôtre. Puis un soir, alors que mon bras affaibli pendait lamentablement le long de ma chaise, et que la brise faisait s'éteindre plus vite les cigarettes que je fumais de l'autre main, Monsieur N'importe quoi sorti d'une rue noire, une vietnamienne quasiment nue, qu'il tenait par le bras. Et s'adressant à moi en russe. "Cadeau. Gratuit.". Évidemment, ce mot là, je le comprenais. Je refusais d'un geste de la tête. Presque offensé. Il s'énerva. Se mis à faire de grands gestes, jetant la jeune fille, sans doute mineure, à mes pieds. Mes pieds qu'elle se mis à baiser. S'ensuivi une drôle de danse. Sans doute droguée, l'adolescente se mis à gigoter devant mes yeux perdus. Puis, à mon grand désarroi, et à la vue de tous, se mis à ôter le peu de matière qu'elle avait sur le corps. Je la priais de se rhabiller. Mais déjà, sa main commençait à se balader sur son entrejambe. J'essayais de capter l'attention de Monsieur Tout. Évidemment, il avait disparu. Je ne devais pas perdre contenance. Monsieur N'importe quoi, planta alors son couteau dans la paume de ma main et le retira aussi sec. Je criais tout mon soûl. L'ado riait à gorge déployée. Une main sur son sein. L'autre sur son sexe. Et dans mon trouble. Dans ma souffrance vive du moment, l'oeil convulsé et le sang jaillissant de ma main livide, la bouche ouverte comme à mon premier cri, il m'apparu alors que la pauvre enfant était retardée.
Ma douce, je ne vous enverrai pas cette lettre. Vous ne comprendriez pas. Peut-être devrais-je la garder, et vous la faire lire sur mon lit de mort. Ou peut-être devrais-je la jeter au feu. La confier à un moine. La jeter par dessus bord. Ou simplement la glisser, dans la poche intérieure de ma veste de velours. Vous savez, cette veste dont vous m'avez fait cadeau, juste avant mon départ. Ce jour là, mes yeux se sont remplis de larme. Vous ne me regardiez pas, je voulais prendre votre tête sous mon menton et vous serrer jusqu'à m'en étouffer d'amour. Mais je n'ai rien fait. Pardonnez-moi. Mon Amour, je pense à vous. Je ne pense qu'à vous. Mais je ne sais pas bien aimer. Et j'en suis encore navré. Un jour, je serai de retour. Et nous irons nous promener. Tous les trois. Comme avant que le soleil ne se couche sur l'Asie et ces pauvres vietnamiens. 
Un jour, je vous raconterai peut-être, Monsieur Tout. Monsieur N'importe quoi. Le mal et le bien qu'ils m'ont fait. Les cages dans lesquelles j'ai pensé être mis. La liberté que j'ai pensé ne jamais pouvoir trouver. Un jour, je vous raconterai tout ça. Quand nous serons vieux et qu'encore nous nous aimerons. Je vous prendrai par la main. Car les temps auront changé. Je vous ferai rire. Nous irons manger des beignets. Boire une citronnade. Et sur un banc face au port, comme à notre rencontre, je vous embrasserai, juste là, derrière l'oreille. Puis nous danserons. Il n'y aura alors plus que la lumière entre nous. Et la mer pour vous faire sourire. Je ne vous enverrai pas cette lettre mon amour. Elle vous tuera. Ne m'en voulez-pas. Monsieur Tout vient de s'asseoir à ma table. J'aperçois la silhouette courbée de Monsieur N'importe quoi au loin, à l'angle de la rue Thien Thuong. Il boite je crois. Je vois ses yeux longs et noirs. Même de loin. Et le canif bleu marine, qui se balance dans sa poche droite. Je vous laisse. Je vous embrasse.


samedi 22 février 2014

playmaliste | V.I.E.T.N.A.M. 2. / FÉVRIER 2014 | tranche de porc séchée incapable de bouger | UMBERTO / TO ROCOCO ROT / ALINE / KOUDLAM / ESTHERO / SAND CIRCLES.

Le revoir. Fixer ton corps comme un trophée. Et la porte fermée. Et les murs sans couleur. Les couloirs vides derrière. Et le silence. Le silence insensé. Absurde. qui pèse sur ton dos. Ses doigts qui s'enfoncent dans tes reins. Et son envie que tu sens. Déplacée. La suite n'a pas grand intérêt. À écrire ici tout du moins. Pudeur oblige. Toi, bambou sec sur table d'hôpital bon marché. Tranche de porc séchée incapable de bouger. Pensées fragiles. Mains qui dérapent. Avoir envie de tuer. De fracasser sa tête contre des murs sans couleurs. De lui vomir dans la bouche. De lui enfoncer une mangue dans l'anus. Juste ça. Good Morning Vietnam. Enfin, il paraît.